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Théorie des pouvoirs et idéologie

Théorie des pouvoirs et idéologie

Étude de cas en Côte d'Ivoire

Marc Augé
Préface de Jean-Pierre Dozon

Bibliothèque idéale des sciences sociales



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Issue d'une thèse d'État et publiée il y a près d’un demi-siècle, cette œuvre majeure de Marc Augé a fortement marqué l’anthropologie française. Mettant en regard les systèmes symboliques (institutions sociales, représentations du monde et de la personne, croyances et rites) de trois ethnies du Sud de la Côte d’Ivoire, Marc Augé y propose le concept d’« idéo-logique » : sorte de grammaire irréductible à toute causalité matérielle, au travers de laquelle se formulent, pour chacune d’entre elles, le possible et le pensable. Et, de manière encore plus novatrice, il montre comment les croyances en la sorcellerie se déploient au sein de cette « idéo-logique » en véritable théorie du pouvoir, c’est-à-dire en « possibilité effective d’action sur les hommes et sur les choses ». Il illustre notamment cette théorie du pouvoir par l’étude d’une communauté thérapeutique située à Bregbo, au bord de la lagune ébrié, et dirigée par le prophète Albert Atcho. Se réclamant du harrisme, ce dernier avait dès 1962 attiré la curiosité de Jean Rouch qui lui consacra le film Monsieur Albert, prophète.

Note de l’éditeur

La première édition que nous rééditons aujourd’hui (Théorie des pouvoirs et idéologie. Étude de cas en Côte d'Ivoire, Paris, Hermann, 1975) est introduite par Jean- Pierre Dozon, anthropologue spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et vice-président de la Fondation Maison des sciences de l’homme. Cette nouvelle préface, qui replace l’ouvrage dans le contexte de l’anthropologie et des études africaines des années 1970, souligne à la fois le caractère novateur des concepts proposés par Marc Augé et l’actualité de son approche des phénomènes de sorcellerie. Le texte original est conforme à l’édition de 1975, les mots en dialectes africains ont été vérifiés et corrigés dans certains cas, les graphiques et schémas ont été repris pour en améliorer la lisibilité.

Jean-Pierre Dozon

Normalien agrégé en 1960, Marc Augé a rencontré Georges Balandier qui l'a convaincu de partir en Afrique. Après son service militaire et deux années au lycée, il est entré à l’ORSTOM, puis a été affecté en 1965 en Côte d’Ivoire. Il y a rédigé sa thèse de 3e cycle (Le rivage alladian) avant d’élargir son sujet à une partie de la zone lagunaire et à l’activité d’Albert Atcho, « prophète » le plus célèbre de l’Église « harriste ». Élu à l’École des Hautes Études en 1970, il poursuivit ses études africanistes au Togo, autour des cultes vodoun ou vaudou. Il continua l’examen des cultes prophétiques en Côte d’Ivoire, ce qui lui fournit la matière de sa thèse d’État tout en élargissant par la suite son champ d’observation à l’Amérique Latine, notamment au Venezuela, et sur un plan thématique, à des réflexions sur des marqueurs du monde contemporain ou sur l’écriture, écrivant même quelques romans.
De 1965 à 1975, il a présidé l’EHESS. Il est l’un des grands anthropologues français contemporains.