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Le Juste jardin

Paul Arnould, David Gauthier, Yves-François Le Lay, Michel Salmeron
Préface de Gilles Clément, Olivier Faron

Hors Collection



Il fut un temps où le jardin était catalogué soit à la française, soit à l'anglaise, en référence aux réalisations prestigieuses des deux puissances mondiales dominantes. Ce temps est révolu.
Gilles Clément et quelques créateurs de jardins paysagers sont passés par là.
Dans le cas de Gilles Clément, son « jardin planétaire », son « jardin en mouvement », son « éloge des vagabondes », son plaidoyer pour le « tiers paysage » et ses options pour une écologie humaniste ont contribué à casser les stéréotypes, les façons étriquées et répétitives de penser les jardins. Il n’en reste pas moins que créer un jardin, puis le faire vivre, n’est pas une simple affaire d’architecte, de paysagiste, de technicien, de botaniste ou d’ingénieur. C’est avant tout l’œuvre d’un artiste.
Quel bonheur et quel privilège de fréquenter une école où le campus n’est pas fait de l’inévitable pelouse pelée à ray grass, le chiendent à tout faire, degré zéro de la créativité et de la biodiversité floristique et visuelle, mais une sorte de méta-organisme vivant, changeant, vibrant, fleurissant au gré des jours et des saisons.
Le jardin de l’École normale supérieure de Lyon se traverse quotidiennement pour aller des salles de cours, des laboratoires de recherche, des locaux de l’administration au restaurant, à la bibliothèque, au court de tennis, aux résidences des élèves. Il est le cœur d’un dispositif spatial conçu et pensé comme une sorte de cloître laïc par ses premiers concepteurs.
Objet à voir, il est aussi une structure à comprendre et à vivre. Des jardiniers passionnés et compétents s’y emploient. Il reste à faire en sorte que tous les utilisateurs de l’École se l’approprient chacun selon sa sensibilité pour qu’il ne soit pas qu’un décor, mais contribue à l’identité d’un lieu pas comme les autres.

Trois mots pour un jardin
« Jean-Jacques Rousseau », c’est le nom que nous aimerions donner au jardin de l’École normale supérieure de Lyon, situé au cœur du site René-Descartes jouxtant la grande bibliothèque
Denis-Diderot. L’auteur du Botaniste sans maître, si contesté soit-il, illustre bien les idées de mouvement et de liberté, chères à Gilles Clément.

« Juste jardin », les deux termes sont rarement accolés. C’est pourtant le titre choisi par les auteurs du livre qui lui est consacré. Les multiples connotations de justesse, justice, injustice, ajustement, justification… sont des clés de lecture essentielles de ce jardin tout à la fois visible pour quelques passionnés et invisible pour ceux qui le traversent, au quotidien, sans le regarder.

« Cloître républicain », l’association est paradoxale dans un pays qui, depuis 1905, vit sous le régime de la séparation des Églises et de l’État. Elle sonne presque comme une provocation dans un établissement conçu à l’origine pour former les « hussards noirs » de la République, corps d’élite chargé de porter les valeurs de la laïcité dans les campagnes. Il réconcilie cependant les valeurs spirituelles de méditation et de réflexion et les idéaux républicains de -liberté, d’égalité et de fraternité.