D'après la documentation disponible, l’alimentation en général et la boisson en particulier étaient déjà des préoccupations récurrentes pour les Anciens, lesquels connaissaient régulièrement des périodes de disette et n’avaient pas toujours un accès facile à l’eau potable. Dans ce contexte, le vin et son usage socialisé lors du rituel du « banquet » (συμπόσιον en Grèce, conuiuium dans le monde romain) sont devenus des emblèmes de la civilisation gréco-romaine, quand la nourriture elle-même bénéficie parfois dans les représentations d’un statut ambigu, en tant que source de plaisir et réalité nécessaire qui renvoie à la dimension animale de l’humanité. La commensalité, dont le modèle idéal est a priori fourni par les festins des dieux éternels que les poètes dépeignent, a non seulement partie liée avec le bonheur de l’existence, mais elle est aussi conçue comme une image de la vie en société et un entraînement à l’exercice de la citoyenneté. Et il y a davantage, comme le révèle le genre littéraire du Banquet qu’inaugurent Platon et, à sa suite, Xénophon : le fait de se réunir pour manger, puis pour boire en compagnie, sous le patronage de Dionysos, devient une sorte d’exercice spirituel qui, comme l’explique Plutarque, permet de pratiquer la philosophie et de se montrer philosophe, sans forcément parler philosophie.