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Poésie vacante

Poésie vacante

Nerval, Mallarmé, Laforgue

Stefan C. Scepi

Signes



La poésie moderne, telle qu'elle se dessine au tournant du XIXe siècle, semble connaître un destin bien singulier et paradoxal : elle s’élabore en se défaisant, elle s’écrit en déconstruisant ses formes et ses valeurs dans l’espace critique du poème. Comment d’ailleurs est-elle possible ? C’est à une question aussi radicale que Nerval, Mallarmé et Laforgue ont tenté de répondre, chacun selon ses moyens et ses visées propres. Si, dans leurs pratiques respectives, le poème dit encore quelque chose d’une relation distendue entre le sujet et le monde, il s’applique bien plus à dénouer tout lien du discours avec le réel, vouant du même coup la poésie à penser ce suspens, à intégrer, dans ses modes de figuration et d’énonciation, la trace d’une coupure fondamentale. Réflexivité, autonomie, clôture : le poème devient le lieu d’un questionnement continu, qui met en déroute – non sans détours ni conflits – la Poésie et ses emblèmes chimériques ; il n’omet pas non plus d’évaluer la capacité du langage à représenter et à symboliser. Ainsi conçue et remise en jeu, la poésie révèle sa vacance : elle accentue le geste d’évidement qui la creuse de l’intérieur, en mettant à nu les artifices d’un discours toujours enclin à dissimuler ses leurres et ses lacunes…