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Tracés, n°24/2013

Tracés, n°24/2013

Réalité(s) du possible en sciences humaines et sociales

Édité par Laurent Jeanpierre, Florian Nicodème, Pierre Saint-Germier

Tracés



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Le réel, ou le possible ? Telle est, dans sa forme élémentaire, l'alternative exclusive dans laquelle semblent bel et bien enfermées les sciences sociales contemporaines. D’un côté, une partie de ces dernières entendent dire la réalité, rien que la réalité, et dévoiler les bonnes raisons qu’elle a d’être comme elle est. De l’autre côté, des courants plus récents de ces disciplines envisagent au contraire les faits observés par le chercheur comme des constructions sociales et des phénomènes contingents, susceptibles par-là même d’être défaits ou transformés, orientant ainsi l’enquête vers l’évocation du possible. Les sciences humaines et sociales ont tout à gagner aujourd’hui à franchir cette ligne de démarcation en apparence insurmontable. C’est ce qu’affirment les contributions de ce numéro, en s’interrogeant d’un point de vue épistémologique, empirique et parfois politique, sur le traitement du possible dans plusieurs disciplines.


Ivan Ermakoff et Clint Ballinger proposent un examen critique, chacun à sa manière, de la notion de contingence. D’autres contributions s’interrogent sur plusieurs instruments d’approche du possible comme les statistiques (Emmanuel Didier et Cyprien Tasset), le raisonnement en termes de probabilités ou de viabilité (Noël Bonneuil) ou bien les scénarios, en économie et en sciences du climat (Michel Armatte). Gunnar Declerck propose de son côté une réflexion sur le statut du possible dans la perception. Les problèmes soulevés par le raisonnement contrefactuel sont par ailleurs au centre des deux traductions proposées (Max Weber et Robert Stalnaker).


Il apparaît aussi que les enjeux de ce que pourrait être à l’avenir une connaissance plus fine du possible ne sont pas seulement scientifiques. Katia Genel explicite ainsi combien le projet inaugural de la « théorie critique » francfortienne visait à saisir l’action « possible » d’une volonté aspirant à l’émancipation. Et Erik Olin Wright nous invite à dépasser l’opposition stérile, en politique, entre réalistes et utopistes. Pour les sciences humaines et sociales critiques, il n’y a pas à choisir entre le réel et le possible.