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L'art au point de vue sociologique

L'art au point de vue sociologique


Bibliothèque idéale des sciences sociales



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L'Art au point de vue sociologique conteste à sa façon l'idée très répandue que l’expérience esthétique n’est jamais qu’une expérience privée. Sous la plume de Jean-Marie Guyau (1854-1888), l’auteur de la fameuse Morale sans obligation ni sanction, on y voit la philosophie d’inspiration vitaliste, celle-là même dont la vigueur émouvait Nietzsche, se saisissant de la littérature française du XIXe siècle, pour nous proposer des principes de critique littéraire nouveaux, discutables sans doute, méprisables jamais. Cette œuvre témoigne des premiers effets du concept de sociologie dans les sciences philosophiques et d’une perspective critique ouverte par les hypothèses scientifiques audacieuses de la fin du XIXe siècle. Pour l’offrir au travail scientifique, la présente édition est exactement conforme à la première édition posthume (1889), accompagnée des seuls éléments d’information utiles à la lecture contemporaine.

Jean-Marie Guyau

Jean-Marie Guyau est né à Laval en 1854 ; il est le fils d'Augustine Tuillerie, mieux connue sous le pseudonyme de Giordano Bruno par lequel elle a signé Francinet (1869) et Le Tour de France par deux enfants (1877). Augustine Tuillerie-Guyau épousa, après le rétablissement du divorce (1884) le philosophe spiritualiste Alfred Fouillée. Licencié ès-Lettres à 17 ans, Jean-Marie Guyau reçoit en 1874 un prix de l’Académie des sciences morales et politiques pour un mémoire d’histoire de la philosophie morale postérieurement publié en deux parties, La Morale d’Épicure et ses rapports avec les doctrines contemporaines (1878) et La Morale anglaise contemporaine (1879). L’intérêt pour les questions d’esthétique de ce professeur de philosophie au lycée Condorcet se manifeste par la publication des Vers d’un philosophe (1881) et des Problèmes de l’esthétique contemporaine (1884). Installé à Menton en raison d’une santé très mauvaise, Guyau y compose encore son œuvre la plus célèbre, l’Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction (1885, puis 1890 « avec les diverses corrections qu’il avait indiquées », écrit A. Fouillée) et L’Irréligion de l’avenir (1887), ample travail d’histoire et de philosophie de la religion. Guyau décède en 1888, à l’âge de 33 ans. Son beau-père Alfred Fouillée devient alors l’éditeur, le diffuseur et le commentateur de son œuvre. On lui doit l’édition posthume de L’Art au point de vue sociologique (1889), d’Éducation et hérédité (1889) et de La Genèse de l’idée de temps (1890), puis de nombreuses rééditions qu’Alfred Fouillée préface, annote voire remanie.

Nous devons par ailleurs à Guyau un peu plus de quinze articles dans les revues de l’époque (et parmi elles, dans la jeune Revue philosophique dirigée par Théodule Ribot), des éditions scolaires de textes classiques de la philosophie (les Stoïciens, Pascal) ainsi que plusieurs manuels d’apprentissage de la lecture qui composent « la méthode Guyau » longtemps en usage dans les écoles du premier XXe siècle.